S’exprimant mardi 25 février lors d’une conférence organisée par l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS) le chef du parti des Démocrates, Yair Golan, avait accusé Netanyahu d’avoir « mal géré » la guerre à Gaza, affirmant qu’ « elle aurait pu être gagnée plus efficacement et beaucoup plus rapidement… le même gouvernement qui a échoué le 7 octobre a également échoué dans sa prise en charge de la guerre et il continue d’échouer en ne traduisant pas ses avancées militaires en solution politique… Les guerres ne sont pas gagnées par la seule action militaire, une guerre est un effort national qui doit être conclu par un processus politique, diplomatique et civil qui apporte une solution. Le fait que le Hamas ait pu se reconstruire à Gaza est uniquement imputable à Netanyahu. Nous n’avons pas investi d’efforts pour empêcher cela, et c’est pourquoi nous nous retrouvons aujourd’hui dans cette situation honteuse ».
Yair Golan reprend et développe certains points de son intervention dans l’article ci-après.
Mis en ligne le 27 février 2025
Auteur : Yair Golan, Haaretz, 26 février 2025
Traduction : Dory Groupe WhatsApp « Je suis Israël »
Photo : Les terroristes du Hamas à Rafah avant la libération prévue de deux des six otages israéliens qui devraient être remis à la Croix-Rouge, dans la bande de Gaza, samedi 1er mars. Crédit : Jehad Alshrafi, PAP
L’enlèvement et le meurtre de deux jeunes enfants, Kfir et Ariel Bibas, et le fait choquant que le Hamas ait envoyé le corps d’une femme palestinienne avec le leur au lieu du corps de leur mère nous rappellent l’échec stratégique des dirigeants israéliens.
Le Premier ministre Benyamin Nétanyahou est fort en paroles, mais faible en actes. Il promet de se venger du Hamas, il crie et menace. Mais dans la pratique, le Hamas a survécu et continue de gouverner la bande de Gaza.
La simple vérité est que le Hamas a survécu grâce à Netanyahou et à Netanyahou a survécu grâce au Hamas. C’est une symbiose qui a fait de la domination des terroristes sur Gaza une partie indissociable de la réalité politique israélienne.
Par conséquent, plus fort Netanyahou crie fort, plus il est clair qu’il essaie de dissimuler la vérité – savoir qu’il est faible, dépendant du Hamas et craint que les Israéliens ne subodorent son mensonge.
Netanyahou a affirmé à plusieurs reprises que le Hamas est au bord de l’effondrement. Mais, dans la pratique, il s’en tient à une politique qui permet à cette organisation terroriste de rester au pouvoir. Au lieu de renverser le Hamas, Netanyahou joue le même jeu politique cynique et dangereux qui dure déjà depuis une décennie et demie.
La politique de longue date de Netanyahou consistant à laisser le Qatar donner des milliards de dollars au Hamas, à refuser de promouvoir une alternative gouvernementale modérée pour Gaza et à repousser toute tentative de créer un horizon diplomatique, a renforcé le Hamas pendant des années. Et finalement, cela a conduit au massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023.
La véritable vengeance contre le Hamas ne consiste pas à faire des déclarations menaçantes ou à mener des opérations militaires ciblées, mais à renverser son gouvernement. Par conséquent, le seul moyen de nuire à cette organisation terroriste répugnante est de construire une alternative stable et modérée à son règne à Gaza.
La formation d’un nouveau gouvernement équilibré qui coopérerait avec la communauté internationale est la véritable réponse au terrorisme. Quiconque veut vraiment se venger de ces maudits terroristes et assurer la sécurité d’Israël doit mener un processus qui remplacera le Hamas au lieu de l’utiliser simplement comme un ennemi commode à des fins politiques.
Une direction courageuse et sioniste aurait assuré la démilitarisation complète de Gaza. Israël aurait conservé une totale liberté d’action pour protéger sa sécurité jusqu’à ce que la stabilité soit atteinte, et l’ensemble de la bande de Gaza serait resté sous étroite surveillance militaire.
En outre, le Hamas aurait été complètement exclu de la gestion des affaires sécuritaires, économiques, sociales et civiques de Gaza. En revanche, un gouvernement palestinien modéré aurait été mis en place sous la supervision d’États arabes pragmatiques et d’acteurs internationaux.
Ce processus doit être mené par étapes. Premièrement, des zones de sécurité contrôlées par un organisme palestinien modéré seraient délimitées. Leur contrôle économique et civique serait alors élargi. Enfin, un gouvernement indépendant serait mis en place pour la lutte contre le terrorisme lui-même.
Israël a toujours cherché à ancrer ses réalisations en matière de sécurité dans un processus diplomatique favorable. Le retrait de l’Égypte du cercle des pays qui nous combattaient, dans le cadre du traité de paix de 1979, a été une victoire stratégique spectaculaire, bien plus que n’importe quelle victoire militaire. En revanche, l’annexion de territoires sans horizon diplomatique n’a fait qu’aggraver la menace sécuritaire.
Les accords conclus avec l’Égypte, la Jordanie et les Émirats arabes unis se sont révélés être d’énormes atouts en matière de sécurité. Mais les efforts pour parvenir à un accord avec les Palestiniens ont été un échec flagrant.
La principale lutte au Moyen-Orient ne porte pas sur le contrôle territorial, c’est la bataille pour l’avenir de la région. Il s’agit d’une bataille entre des forces modérées qui veulent la stabilité et la prospérité, et les forces extrémistes qui veulent l’anarchie et la terreur. Israël devrait diriger l’alliance modérée. Mais pour ce faire, il doit immédiatement mettre fin à sa dangereuse danse avec le Hamas tout en s’occupant de ses propres extrémistes.
Une petite minorité fanatique peut prendre le contrôle de tout un pays en semant la peur, en formant des alliances d’intérêts douteuses ou en cultivant l’indifférence publique. La véritable bataille ne se livre pas seulement contre nos ennemis extérieurs, mais aussi sur le caractère interne d’Israël. Le pays est confronté à la crise existentielle la plus grave de son histoire. Ce n’est pas seulement à cause des menaces externes, mais aussi en raison de la désintégration interne. Et le gouvernement, au lieu de mener un processus de réparation, de réhabilitation et de reconstruction, poursuit son travail de destruction.
Tant que Netanyahou et son gouvernement détiennent les rênes du pouvoir, Israël ne sera pas un État qui fonctionne correctement. Un véritable changement ne peut intervenir qu’en remplaçant le gouvernement et en adoptant un nouvel engagement stratégique qui place la sécurité du pays au-dessus de la survie politique du gouvernement.
Les énormes destructions à Gaza ont créé une opportunité historique de changement. Israël peut mener un processus international de reconstruction de Gaza et de formation d’un gouvernement modéré. Mais il ne peut le faire tant que Netanyahou s’accroche au pouvoir.
Un homme qui a laissé le Hamas à Gaza pour préserver son gouvernement n’apportera pas la sécurité à l’État hébreu. Un homme qui joue sur les peurs du public n’apportera pas l’unité et l’espoir. Le moment est venu pour un nouveau leadership – sioniste, responsable et axé sur la sécurité – qui fera passer le bien-être du pays avant sa survie politique personnelle.